Le sermon sur la montagne

Rosselli-sermon-sur-la-montagne             Ce tableau de Rosselli montre la foule

Matthieu V, Les Béatitudes versets 1 à 12

La première des cinq grandes instructions de l'Évangile selon Matthieur comprend les chapitres 5, 6 et 7.  Il s'agit d'une composition tardive regroupant des paroles qui dans les évangiles de Marc et de Luc se trouvent situées à différents moments de la vie de Jésus. Jésus prêche, enseigne, guérit. (// avec Luc 6, 20-23)

Bienheureux : dans le grec classique cet adjectif -- makarios - est réservé aux dieux parce qu'ils possedent l'immortalité et par extension il désiqne des bonheurs humains : bonheur de l'épouse qui a un bon mari, bonheur de parents qui ont de nombreux et beaux enfants, bonheur du Sage, ..C'est l'expression du bonheur de celui qui prend conscience de l'harmonie essentielle qui le rattache à la société et au monde.. Cette sagesse grecque avait profondément pénétré le judaïsme au temps de Jésus. On le retrouve par exemple dans certains Psaumes. Cependant le bonheur du psalmiste est bien différent de celui du sage grec, car il est fait de confiance personnelle en un Dieu dont les hautains se rient et d'attachement à ses préceptes.

Les quatre caractéristiques des "macarismes" de l'Évangile selon Matthieu:

1- Sans exception ils décrivent un bonheur ayant sa source dans la présence et l'activité de Jésus; ce sont des béatitudes christocentriques.

2 - Ce bonheur est eschatologique et non apocalyptique. A l'exclamation fanatique de la piété juive "Heureux celui qui prendra bientôt son repas dans le Royaume de Dieu !" Jésus oppose un bonheur déjà présent, encore secret mais promis à un éclatement définitif dans le Royaume à venir !

3 - Ce bonheur n'est ni une donnée sensible de l'expérience, ni une douce résignation au lot départi à chaque mortel; il est à la fois déclaré, promis et communiqué par le Christ à ceux qui l'écoutent avec foi malgré la dure réalité de leurs malheurs présents; c'est un bonheur paradoxal.

4 - Ce bonheur a un caractère cosmique, c'est ce qui se passe dans le monde, ce que les yeux voient et que les oreilles entendent, et non pas seulement ce que les coeurs et/ou les esprits ressentent, qui réjouit les disciples de Jésus. Ce n'est pas la création comme telle, mais la création restaurée par le Christ, qui fait le bonheur du croyant. 

Les deux premiers versets introductifs (5, 1 et 2)

Les rabbis de cette époque enseignaient leurs disciples aussi bien dans les synagogues qu'au calme dans la campagne à l'extérieur des villes.

La mention des foules indique que les paroles de Jésus ne sont pas destinées selement aux douze ou au petit nombre de proches qui s'ajoutaient aux disciples, mais à tous ceux qui écoutent le Christ.

Le très belle fresque de Fra Angelico ne rend pas compte de la foule, dommage ! 

Fra_Angelico_sermon_sur-la_Montagne_San_Marco 

Fresque au couvent San Marco à Florence

Heureux (ou bienheureux) est une parole d'encouragement de Jésus  et de confiance pour que ceux qui subissent les persécutions et les difficultés à cause de son nom soient assurés que leur condition ne signifie pas qu'ils sont abandonnés de Dieu dans leurs épreuves, mais qu'au contraire ils marchent vers le Royaume.

Chouraqui remplace les « Heureux » des béatitudes par "en marche"

En marche, les humiliés du souffle ! Oui le royaume des ciels est à eux !

En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés !

En marche, les humbles ! Oui, ils hériteront la terre !

En marche, les affamés et les assoiffés de justice ! Oui, ils seront rassasiés ! 

En marche, les cœurs purs ! Oui, ils verront Elohim ! 

En marche, les faiseurs de paix ! Oui, ils seront criés fils d’Elohim

La première béatitude

Verset 3 - Heureux les pauvres en leur esprit: le royaume des cieux est pour eux

Les pauvres sont ceux qui par une longue expérience de la détresse économique et sociale ont appris à ne plus compter que sur le salut de Dieu. Il s'agit d'une condition humaine à la fois spirituelle et matérielle.

Ces pauvres sont en même temps des doux, moins par tempéremment que par nécessité, ils n'ont rien à dire ni rien à attendre de la société. Ils ne sont pas pauvres en Saint-Esprit, ni en intelligence, ni par leur esprit d'acceptation,  ni par une conscience spirituelle de leur dignité. Pauvres dans leur esprit, c'est à dire au plus profond et au plus concret de leur condition, devant les hommes et devant Dieu (le texte de Luc omet les mots en esprit., mais le sens est le même avec un accent plus prononcé sur la détresse sociale.

Les béatitudes suivantes ne désignent pas de nouvelles catégories de personnes; il s'agit toujours du même petit peuple d'humbles croyants qui se groupe maintenant autour de Jésus. Ces affligés le sont très concrètement, ils pleurent leurs parents, leurs amis, leurs sécurités sociales, disparues ou menacées, Il ne s'agit donc ni de mélancoliques ni de personnes qui pleurent sur leurs péchés.

Ces doux le sont plus par condition et nécessité que par inclination naturelle.; ils n'ont rin à dire, aucun moyen de faire triompher leurs droits.
Hériter la terre: expression juive classique; ceux qui avaient manqué de tout, ne manqueront plus de rien. 
La faim et la soif: désignent un désir ardent, un besoin du corps et du coeur. L'hommr qui a faim et surtout soif  est aux limites de la résistance. Cette justice 
Rassasiement: , allusion au règne de Dieu définitivement établi; Dieu y répondra à tous les besoins légitimes de l'homme. 
Ces miséricordieux appartiennent toujours au même type d'hommes ou de condition humaine. ce sont ceux qui exercent la miséricorde, qui prennent pitié des affligés. Il ne s'agit pas seulement de bienfaisance, mais d'entraide fraternelle et de pardon mutuel des offenses.
Coeur pur: il n'est pas ici question de l'idéal inaccessible du coeur exempt de péché mais du coeur non-partagé, sincère, loyal, servant Dieu et les hommes "de tout son coeur" sans calculs intéressés ni feintes pieuses
Voir Dieu; dans le Royaume éternel: être admis en sa sainte présence, sans en mourir.
Les pacifiques ne sont pas ceux qui demeurent en paix, mais ceux qui font la paix et la créent.
Les deux dernières béatitudes montrent que ces humbles et ces actifs sont aussi des pourchassés. 
Toutes les béatitudes sont déclaratives, à la fois promesses et ordres adressés aux auditeurs

Le sel et la lumiere

Dans le monde antique le sel et la lumiere passaient pour les deux réalités dont personne ne peut se passer.. Le lien littéraire avec ce qui précède -Les Béatitudes- est donné par l’utilisation de la deuxieme personne du pluriel.: Vous êtes, c’est-vous-qui-êtes, dit Jésus, en tant qu’auditeurs de ma predication, les beneficiaires du Règne inauguré, persecutès à cause de moi (V 11). Chaque auditeur de la predication de Jésus est donc un être fondé sur la presence et l’activité du Christ.

La comparaison avec les texts parallèles de Marc 9,50 ou 4,21ss et de Luc 8,16, ou 11,13, ou 14, 34-35 montre que le contexte est different de celui de Mattieu et par consequent les paroles de Jésus ont un autre sens.  Dans Marc les disciples doivent avoir du sel en eux-mêmes, ici dans Matthieu, les disciples sont eux-mêmes ce sel. Matthieu souligne l’importance de l’Église,: “vous tous ensemble êtes le sel” et non “chacun de vous isolément”.

Le teste de Matthieu (v 16) souligne aussi que c’est par les oeuvres que les disciples saleront la terre et éclaireront les hommes. 

A propos du sel le judaisme ne l’a pas comparé à des personnes, au contraire de la lumière. Chez les esséniens le thème de la lumière apparait toujours en opposition avec les ténèbres , ils utilisent la lumièrebpour dénigrer ceux qui ne font pas partie de la secte. Ici c’est different: il s’agit d’une lumière pour les hommes ou pour le monde pas seulement pour les members de la secte. Il s’agit aussi  d’un avertissement adressé aux disciples eux-mêmes au cas où ils perdraient leur saveur ou auraient leur lumière cachée.

L a première introduction des discours des chapitres 5 à 7  sur le sel et la lumière est suivie par une deuxieme introduction (versets 17-20.)

Jésus et la Loi (5, 17 - 20) seul le verset 18 a un // probable chez Luc 16, 17, aucun chez Marc.

Après avoir exhorté ses disciples, le Christ leur rappelle que la norme de leurs oeuvres est l'Écriture et particulièrement la Loi et plus concrètement encore ses préceptes ou commandements. Les quatre versets 17 à 20 ne sont pas entièrement cohérents entre eux, mais plutôt  juxtapposés.