Albrecht-Durer-1508Pour le théologien Karl Barth (La Prière, 1940): “Elle est la limite extrême de la grâce de Dieu à notre égard “.  Il est caractéristique que Saint-Paul, par exemple dans Galates 4, 4-7, où il brosse en racourci l’histoire du salut, donne comme commencement à cette histoire le cri de “Abba”= Père (voir aussi Romains 8, 12-15).

La définition de la prière a été hésitante. On y a vu parfois un discours de l’homme à Dieu; c’est trop imprécis à moins de se souvenir de la valeur “opérante” de la parole dans la Bible. Plus souvent on y voit une communication, une communion de l’homme avec Dieu. Là encore ce n’est pas clair: Dieu entre en communion avec nous avant que nous priions (c’est sa parole et non la notre qui est source de cette communion). Ces définitions qui sont loin d’être fausses, ont cependant ce tort de relier de manière artificielle, la prière au salut que Dieu nous a accordé, quand elles n’en font pas une réponse naturelle.

Mains en prière de Albrecht Dürer .

Or nettement la Bible ne prête guère d’attention à ces “réponses naturelles”, sinon pour les combattre. (voir Jean 3,6; 1 Cor 1,17-2,16) et par contre affirme que Dieu veut que son peuple prie d’une certaine manière, soit formelle (le Psautier est le recueil des prières d’Israël), soit surtout profonde (Esaïe 29,13; Amos 5, 24). Jahvé n’écoute pas n’importe quelle prière, ou n’importe qui. On ne peut donc lui parler comme on parlerait à n’importe quel dieu.

Le Pasteur Alphonse Maillot définit la prière comme “le partage volontaire de Dieu avec l’homme de sa volonté, de sa puissance et de son amour (partage dont le secret est dans le Christ, et qui fait que la prière doit être spécifiquement chrétienne.)

Karl Barth: “Dans la prière Dieu nous invite à vivre avec Lui.

La prière dans la Bible nous est donnée comme ayant pouvoir sur tout ce sur quoi Dieu à lui-même pouvoir, notre sort.

Dans la prière, gracieusement l’homme devient sujet. La prière sera avant tout avancement du règne de Dieu, et par notre participation à cet avancement, anticipation du Royaume où Dieu sera tout en tous. C’est pourquoi le Notre Père gravite autour de la demande “que ton règne vienne” et la prière de l’Église est “viens bientôt” (Apo 22, 17-20; 1Cor 16,22). C’est pourquoi, il est si important et si grave de prier et de bien prier. Devenus enfants de Dieu par adoption, il nous faut apprendre à vivre et donc à parler comme des enfants de Dieu.

- La prière est le moyen que Dieu nous accorde pour l’amener à vouloir ce que nous voulons.

- Mais elle doit aussi être ce par quoi nous lui demandons de nous amener à vouloir ce qu’il veut: “Que ta volonté soit faite” (Mat 6,10)

Tous ceux qui essaient d’amener à l’unité cette ambiguité, ou de retirer l’une de ces affirmations font écrouler la prière. La seconde est oubliée par les “paroissiens”  qui souvent font de la prière une magie. La première est oubliée par bon nombre de théologiens, qui veulent éviter les anthropomorphismes; ils partent d’une définition de Dieu, de son immutabilité et ne trouvent plus d’autre place à la prière que pédagogique. Or c’est la notion biblique du Dieu Vivant  qui est à l’arrière plan de la prière, et la prière doit être étudiée comme la seconde phase de la relation du Dieu Vivant à personne vivante. Pensons toujours que l’on a prié avant de réfléchir à la prière.

A nouveau avec Alphonse Maillot: “La prière est la preuve que l’homme croyant est réellement sauvé et qu’il peut réellement vivre ce salut. Elle est et doit être sa première oeuvre, l’expression première de sa foi.” Comme dans l’épisode des dix lépreux où l’action de grâce est réclamée par Jésus comme première expression de la foi. (Luc 17,11)

Dans l’AT les étymologies se raportent à sacrifier, couper (inciser), caresser, se prosterner, sauter,..