DIACONESSE ET PASTEUR  DE BOISSY-SAINT-LÉGER DE 1944 À 1949,  PUIS, APRÈS LE RATTACHEMENT DE BOISSY À VILLENEUVE ST GEORGES, DÉPOSSÉDÉE DU TITRE DE PASTEUR DE BOISSY ET SEULEMENT AUTORISÉE À FAIRE CERTAINS CULTES ET À BÉNIR DES BAPTÈMES D'ENFANTS.

Le Pasteur Jean Bourguet en 1974, avant de quitter la paroisse pour prendre sa retraite dans la Drome à Dieulefit et pour préparer sa succession me donna quelques éléments de l’histoire de la communauté à partir de la période précédant la deuxieme guerre mondiale.

Il y a dans le temple de Boissy une plaque à la mémoire de Soeur Marthe Juncker, diaconesse. Cette plaque indique son année de naissance 1883 et celle de son décès,1956. C’est elle qui fédéra cette petite communauté après la guerre. Elle enseignait  à l’École normale protestante de Boissy pour jeunes institutrices et avait assuré les fonctions de Pasteur de cette communauté. Dans mes visites aux membres de la paroisse qui l’avaient connue, j’ai toujours perçu une grande admiration pour cette diaconesse dévouée qui circulait à bicyclette dans les trois communes qui formaient alors le territoire de la paroisse: Boissy-Saint-Léger, Sucy-en-Brie et Limeil-Brévannes. Trois communes seulement, mais déjà quelques protestants d’autres communes comme Santeny, Brunoy, Brie-Comte-Robert, Coubert et Villecresnes s’y étaient agrégés.

À L'INTÉRIEUR DU TEMPLE DE BOISSY EN ENTRANT À DROITE UNE PLAQUE GRAVÉE

SOEUR-MARTHE-JUNCKER_1883-1956 "La servante du Seigneur", très beau qualificatif n'est ce pas ? Ce titre évoque même la mère du Seigneur. "Qu'il me soit fait selon ta parole." Évangile de Luc 1,38.

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En fait ce n'était pas la phrase que Soeur Marthe Juncker aurait choisie comme épitaphe. Elle fut le vrai pasteur de cette paroisse, mais à partir de 1949 le pasteur de Villeneuve  lui contesta le titre de pasteur qu'elle avait pourtant porté, qui correspondait au ministère qu'elle avait exercé et que les fidèles de la "Chapelle Évangélique de Boissy" lui avaient reconnu. 

L'Église protestante de Boissy était déjà en 1935 et probablement plus tôt une église luthérienne et réformée en avance sur son temps, une paroisse EPUdF avant l'heure. Elle avait choisi le nom aussi bien luthérien que réformé de "Chapelle Évangélique". Les familles étaient majoritairement réformées, mais les pasteurs à cette époque appartenaient à la Confession d'Augsbourg (luthériens d'Alsace et Lorraine) probablement comme aumôniers de l'École Normale d'Institutrices Protestantes de Boissy dont plusieurs enseignantes étaient des diaconesses issues de l'École des Diaconesses de Strasbourg, elles étaient qualifiées par leurs études comme infirmières, institutrices et théologiennes.

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Le pasteur Paul Schmidt de la Confession d'Augsbourg avait été le pasteur du Grouprment protestant de Boissy-Sucy-Brévannes de 1935 à 1944. Deux soeurs diaconesses issues de l'école de Strasbourg vers 1925 sont nommées à Boissy à l'automne 1944. Elles avaient le même âge et ne s'étaient pas quittées depuis l'école des Diconesses. Soeur Rosa Lefebvre fut nommée en même temps que Soeur Marthe Juncker, mais elle est arrivée atteinte d'une lourde maladie à Boissy.

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Le titre de pasteur n'était pas usurpé par Soeur Marthe Juncker car dans l'Église de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine la décision fut prise au synode de 1929 d'ouvrir ce titre aux femmes et elle entra en vigueur en 1944.. C'est donc à bon droit que soeur Marthe Juncker se présentait comme pasteur de Boissy-Sucy-Brevannes. Les Églises réformées n'autorisèrent les femmes pasteurs qu'en 1965, avec l'unique exception d'Elisabeth Schmidt en 1949. Elle put exercer le ministère à condition de s'engager à ne pas se marier.

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Mais d'où venaient les Diaconesses Rosa Lefebvre et Marthe Juncker ?

Elles commencèrent leurs ministères ensemble à TAHITI, envoyées par la Société des Missions Évangéliques de Paris ( SMEP). Elles furent affectées en 1926 comme infirmières, institutrices et théologiennes à la Léproserie d'Orofara (Mahina). 

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Marthe et Rosa sur la plage.

Les élèves de Marthe et de Rosa.à Orofara

Près de 90 ans plus tard des jeunes de l'Église Protestante Unie de Boissy iront à leur tour à Tahiti.

Le ministère de Soeur Marthe Juncker à Boissy commença pour elle par une grande douleur, le décès de Soeur Rosa Lefebvre (1884-1945), son amie de toujours, sa soeur diaconesse la plus proche qu’elle connaissait depuis l’école des diaconesses et qu’elle n’avait plus quitté. Soeur Rosa Lefebvre était malade et cette nomination près de Paris lui permettait d’avoir des soins mieux adaptés à l’état de sa santé. 

En 1944 elles arrivent donc à Boissy et s’établissent à l’école normale d’institutrices protestantes.  Leur mission est claire: diriger le pensionnat de l'école et servir  comme Pasteur de l’Église locale de Boissy.  Sur le registre paroissial,  les premières années, Soeur Marthe signe: Le Pasteur Soeur Marthe Juncker.

A partir de 1948 un centre d’accueil de la CIMADE s’établit à Sucy-en-Brie, mais les contacts avec la paroisse restent faibles.

En été 1949 le Pasteur Pierre Wallet est nommé à l'Église réformée de Villeneuve-St-Georges, il prend en tutelle la paroisse de Boissy-St-Léger, ainsi que Corbeil dont le temple a été cédé par les luthériens à l'ERF. Il institue un seul conseil presbytéral qu'il préside. Il retire à soeur Marthe Juncker le droit de préparer les mariages et de les bénir.  Elle en faisait six par an environ. Mais également elle ne peut  plus accueillir les catechumènes pour leur reception dans l’Église.  Les derniers qu’elle a reçu au temple de Boissy ont communié à Pentecôte 1949.  En revanche elle peut continuer à préparer quelques baptêmes d'enfants des familles qu’elle connait et qui la connaissent, notamment  celles des trois communes de Sucy, Boissy, Limeil. Elle pouvait aussi prendre en charge les cultes ordinaires. Lors des fêtes de Pâques, Pentecôte et Noël, les jeunes Boisséens devaient se regrouper au temple de Villeneuve-St-Georges.

Le Pasteur Jean Bourguet avait tenu à me dire son indignation face à cette centralisation excessive qui privait Boissy d’une vie d’Église normale et face à ces interdictions humiliantes à l’égard de Soeur Marthe Juncker. Elle était préoccupée et meurtrie par cette mise à l’écart, elle fut renversée par une voiture alors qu’elle roulait avec sa bicyclette sur la route nationale 19 qui traverse Boissy. Elle est morte de ses blessures en 1956

Soeur Marthe Juncker avait ouvert le registre de la paroisse de Boissy le 13 mai 1945 à l’occasion de la confirmation de six catéchumènes qui avaient été préparés principalement par elle, mais aussi par Sœur Rosa Lefebvre. Elle a rajouté de sa main les confirmations de 1943 et 1944 qui avaient été préparées par ses prédécesseurs et qui ne figuraient pas sur le registre précédent.

Elle a préparé seule chaque année des "volées" de 6-7catéchumènes jusqu’en 1949. Elle sera dépossédée de cette responsabilité par le pasteur de Villeneuve à l’époque où la « Chapelle Évangélique de Boissy » est réunie à l’Église réformée de Boissy-Villeneuve-Corbeil  en devenant annexe de Villeneuve-St-Georges. Le pasteur Wallet n’aura que un ou deux catéchumènes les années suivantes.

Dans ce registre paroissial on constate que Soeur Marrthe assurait pleinement les fonctions pastorales pour les baptêmes, les mariages et les services funèbres avant l’arrivée du Pasteur Wallet  et la transformation de la paroisse de Boissy en annexe de Villeneuve.

Si pour les mariages, elle en est dépossédée totalement dès 1949, il en est autrement  pour les services funèbres elle en fait encore en 1952 mais sans être qualifiée de pasteur. Pour les baptêmes d'enfants la situation est un peu particulière. Elle signe : Le pasteur Soeur Marthe Juncker jusqu’en août 1953, mais n’est plus la seule à en faire et il faut comprendre qu'elle signe le registre non plus comme Pasteur de la paroisse, mais comme pasteur officiant lors d'un culte.. Puis, elle n’ajoutera plus Pasteur à son nom et sera autorisée à signer simplement Soeur Marthe Juncker.

D’après les témoignages recueillis auprès de ceux qui l’ont connue, elle était très appréciée, très proche des familles. Elle les visitait souvent et se déplaçait sur sa bicyclette. Elle aimait cette paroisse et ses membres le lui rendaient bien. D’après d’autres témoignages, elle étaitt triste que les dernières années de sa vie aient été marquées par l’humiliation parce qu'elle était femme.

MICHEL M.